En République démocratique du Congo, des millions d’enfants mangent chaque jour. Pourtant, beaucoup ne grandissent pas normalement. La cause : la malnutrition cachée, un déficit en vitamines et minéraux essentiels comme le fer, le zinc, l’iode ou la vitamine A. Contrairement à la malnutrition aiguë, visible par une maigreur extrême, cette forme passe souvent inaperçue.
Selon l’UNICEF, les enfants de moins de cinq ans, les nourrissons et les femmes enceintes ou allaitantes sont les plus exposés. Les conséquences sont profondes : retard de croissance, fatigue, anémie, affaiblissement du système immunitaire, difficultés scolaires et troubles de la vision liés à la carence en vitamine A. Certaines maladies intestinales ou infections chroniques peuvent également limiter l’absorption des nutriments, aggravant la situation.
Des repas qui rassasient… mais ne nourrissent pas
Dans de nombreuses familles, les enfants mangent du manioc, du maïs ou du riz chaque jour. « Ces aliments remplissent l’estomac mais ne fournissent pas les nutriments essentiels », explique Nelly AKWEBIWA LENDA, nutritionniste au PRONANUT-RDC.
À cela s’ajoutent le manque d’accès aux fruits, légumes et protéines animales, le coût et la disponibilité des aliments nutritifs, ainsi que certaines pratiques culinaires comme la cuisson prolongée ou le stockage inadéquat. Le manque de diversification des cultures locales accentue encore le problème.
Les enfants en danger invisible
Les enfants vivant dans les zones rurales, les quartiers périphériques et les familles à faibles revenus sont les plus touchés. À l’école, les effets sont visibles : fatigue, difficultés de concentration et faible rendement scolaire.
« Même lorsque les enfants mangent à leur faim, leur alimentation peut rester déséquilibrée. Ils sont souvent fatigués, plus vulnérables aux maladies et peinent à se concentrer. En ajoutant des légumes, des haricots ou un peu de poisson à leurs repas, on constate rapidement une amélioration de leur énergie et de leur croissance », souligne Kambale Sabuni, nutritionniste au PRONANUT-RDC.
Solutions pour nourrir mieux
Pour lutter contre la malnutrition cachée, l’UNICEF recommande plusieurs mesures concrètes :
- Supplémentation en vitamines et minéraux pour enfants et femmes enceintes
- Diversification alimentaire : fruits, légumes et protéines animales
- Recettes locales enrichies : bouillies de maïs mélangées à des arachides ou des haricots
- Potagers familiaux pour un accès direct à des légumes et fruits frais
- Allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois
- Éducation nutritionnelle pour sensibiliser familles et communautés
« Même lorsque les familles mangent à leur faim, il est crucial de varier les aliments pour que les enfants reçoivent tous les nutriments dont ils ont besoin », rappelle Dr. Placide Kayombo, Coordonnateur Régional de l’Association pour le Bien-Être Familial et la Naissance Désirable dans le Grand Kasaï.
Les pratiques agricoles et culinaires jouent également un rôle clé : diversification des cultures, cuisson douce, stockage adapté et recettes enrichies permettent de préserver les vitamines et minéraux et d’améliorer durablement l’alimentation des enfants.

Agir pour l’avenir
La malnutrition cachée est invisible mais dévastatrice. Gouvernements, communautés, familles et partenaires doivent unir leurs efforts pour garantir une alimentation variée et nutritive à chaque enfant.
« Investir dans la nutrition, c’est investir dans l’avenir des enfants et du pays », rappelle l’UNICEF. « Chaque repas équilibré compte, et chaque micronutriment sauvé est un pas vers une génération plus forte et en meilleure santé. »

Kelvin Baeni
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